Histoires pour enfant 8-12 ans, livres jeunesses et théâtre Romane ES
 Je suis Romane ES - A prononcer comme Jean-Luc Hees
 Romane ES et ses histoires

Je ne suis pas Romane Bohringer, je ne suis pas Romane Serda (chanteuse epouse du chanteur Renaud Séchan), je ne suis pas, quoiqu'on ose parfois le prétendre, une tuile romane, je ne suis pas une langue... mais j'en ai une...

Je suis Romane ES (prononcer comme Jean-Luc Hees)

Des histoires pour des enfants disons de 8 à 12 ans... des petits livres jeunesses par Romane, des histoires à raconter aux plus jeunes sur ma campagne...
Le contact auteur (pour utilisation et autre) - Le versant théâtre A lire : La baguette magique et les philosophes


Vous connaissez La fille qui écoute les volailles ? Je vais vous la faire découvrir....

La fille qui écoute les volailles

Au début, nous avons crû que Romane imitait son papa, inventait des histoires. Elle inventait des dialogues aux poules.
Chaque soir nous lui lisions naturellement une histoire et il ne se passait pas une journée sans qu’elle voit les bêtes. Nous pensions donc qu’elle mélangeait l’ensemble, en enfant formidable et forcément phénoménale !

J’ai commencé à la regarder bizarrement quand durant les vacances de la Toussaint, plusieurs jours de suite, elle me dit « Fanette va pondre ». Fanette, une poule grise, Romane l’avait toujours appelée ainsi. Nous pensions qu’elle avait entendu ce nom et l’avait considéré parfait pour une poule.
Et « Fanette » partait pondre.
- Comment tu sais ça ?
- Bin, elle l’a dit à ses copines.
- Et ses copines, elles ne vont pas pondre ?
- Pourquoi tu poses des questions dont tu connais la réponse ?
Ça c’est une de mes répliques ! Bien renvoyée ! Romane avait cinq ans. J’étais tellement dans mon questionnement de l’entendre chaque jour m’annoncer ce départ pour le nid, que j’ai répliqué :
- Pour savoir si tu as bien entendu.
- Mathilde ira après elle, Zora ne va pas pondre aujourd’hui, Christine ira cette après-midi et Martine se sent toujours patraque, le foie d’après elle. C’est bien cela monsieur le Président ?
- Nous verrons, madame la Premier ministre.
- Mais je ne suis pas Premier ministre !
J’ignorais encore que « monsieur le Président », c’est ainsi que m’appellent les poules, les poulets, les pintades, les dindes et dindons. Je croyais en une invention de ma Romanette.
Et il en fut ainsi, quant à la ponte des poules. Dans l’ordre : Fanette, Mathilde, Christine.

Donc, si Romane entendait vraiment les poules, il était logique qu’elle pense que nous les entendions aussi. Le soir, je résumais la situation à sa mère, Elle n’en croyait rien ! Je divaguais ! Notre fille était normale !…
Un argument me revint alors, qui la figea :
- Tu m’as bien raconté, dans notre jeunesse : quand tu étais petite, chez ta mère, tu disais « X va téléphoner » et effectivement X appelait.
- Et elle m’a traitée de sorcière et tout s’est arrêté… tu veux dire qu’elle tiendrait ce don de moi !?
- Et c’est un don fragile : il a suffi que ta mère te traite de sorcière pour que tu le perdes.
- Mais je l’ai transmis à Romane… Il n’y avait pas de poules chez ma mère, je ne pouvais pas entendre les poules !
- Et Romane perdra ce don si nous nous comportons comme ta mère.
- Tu ne crois pas que ce serait mieux ?
- Nous n’utilisons qu’une infime partie de notre cerveau. Romane a la chance d’en utiliser un peu plus, ne soyons pas idiots par peur de l’inconnu.
- Mais je ne veux pas qu’ils viennent poser des électrodes sur sa tête ! Ni sur la mienne !
- Quand un enfant a un petit quelque chose en plus, les parents croient toujours que c’est en moins !
- Je les comprends ! Un jour elle se rendra compte qu’elle est différente et elle se sentira mal. Les enfants veulent ressembler aux autres !
- Qui sait si grâce à ce don, l’humanité ne découvrira pas tout un pan de notre réalité, une réalité même insoupçonnable par notre imagination.
- Mais ses copines vont se moquer d’elle !
- Il faudra, tout doucement, lui expliquer que la plupart des enfants, comme ils ne grandissent pas près des poules, ne les entendent pas et croient qu’il est impossible de les entendre.
- Mais c’est impossible de les entendre !… Pour nous !… Si je raconte ça à sa grand-mère, là c’est certain, c’est le coup fatal, elle devient folle !
- Tu te rends compte : le monde n’est pas comme nous le croyons !
- Tu as toujours rêvé d’avoir un enfant génial.
- Et ce n’est même pas à moi qu’elle doit ce don !

Ce soir-là, nous avons décidé d’avoir un deuxième enfant. Mais à ce jour, il ne semble rien comprendre au langage des volailles. Il a sûrement hérité ce gêne de son père !

Grâce à Romane, j’ai désormais sept cahiers d’observations. La découverte la plus sensationnelle : nos volailles sont bouddhistes ! Non seulement elles croient en la réincarnation, pensent toujours qu’elles auront une prochaine vie meilleure mais elles vivent pleinement cette recherche du retour, lisant dans les nuages et le vent, accueillant avec dévotion chaque grande âme.
Chaque année nous laissons une ou deux poules couver, sans jamais parvenir à dépasser les dix poussins nés ici. Ainsi nous en achetons une dizaine d’autres, sur les marchés. Comme les pintades, dindes et dindons dont n’avons jamais réussi à obtenir la moindre couvée.
Des « inconnus », des « sans liens » dans le village, qui souffrent de ce dépaysement, auraient même préféré revenir dans un élevage industriel, tout en sachant leur vie limitée à quelques semaines dans un hangar géant. Mais la certitude de se réincarner leur permet de ne pas redouter la mort.
Seule la maladie les inquiète : sécréter une maladie, c’est se préparer une mauvaise réincarnation, dans un animal inférieur. Je ne sais toujours pas qui elles classent parmi ces inférieurs.
Quant à moi, je suis donc « monsieur le président » : celui qui décide qui aura la gorge tranchée. Avant nous les croyions sans cœur, de les voir accourir pour boire le sang qui jaillit. C’est un rituel. Une poule dont le sang se mélange à la terre au lieu d’être recueilli par ses amis, reviendra dans une contrée très éloignée où elle n’a aucun souvenir.

Romane a 9 ans, elle sait qu’elle est peut-être la seule à entendre parler les poules, elle sait que sa mère a eu un don et l’a perdu par la bêtise de sa grand-mère.
Elle en a marre, des ces poules, ces poulets, pintades, dindes et dindons. Elle les trouve bêtes. Elles disent toujours la même chose ! Elle trouve que nous avons bien de la chance, de ne pas les entendre caqueter, caqueter, de vraies pipelettes.
Elle voudrait pouvoir écouter les chats !
Elle nous trouve quand même bizarres, de ne rien entendre ! « Pourtant, elles parlent plus fort que moi ».

Parfois, nous ressentons l’envie de lui répondre « c’est toi qui est bizarre ». Mais même pour rire, nous savons qu’elle est trop petite pour une telle remarque. Alors nous sourions, lui demandons de nous prêter son don.
Quand elle aura dix-huit ans, elle en fera ce qu’elle voudra de ce don, le rendra public si elle le souhaite. Pour l’instant, c’est un secret !

Sketch - déposé à la sacem en août 2007 Pour utilisation : page contact - nombreux autres textes sur demande
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